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La genèse du village de Yoff

Publié le 9 mai 2026

Des premiers pêcheurs lébous à la naissance de la confrérie layène, l’histoire de Yoff s’étend sur plusieurs siècles. Retour sur les grandes étapes, telles que les racontent les traditions et les historiens.

Les Lébous, premiers habitants de la presqu’île

Yoff est l’un des quatre villages lébous historiques de la presqu’île du Cap-Vert, avec Ngor, Ouakam et Hann. Les Lébous, peuple de pêcheurs, sont considérés comme les premiers habitants de la presqu’île.

Selon les récits, les Lébous seraient venus de l’intérieur du pays, du côté du Djolof, avant de s’installer sur la côte il y a environ cinq siècles. Leur route serait passée par Djander, puis par Mboukhèkhe. C’est de ce dernier groupe qu’un noyau se serait détaché pour fonder Yoff, Ngor et Ouakam.

Une fondation aux dates discutées

La date exacte de la fondation de Yoff varie selon les sources. Certaines la situent dès le XVe siècle, vers 1430. D’autres racontent que le village, d’abord appelé Mbendji Dob, aurait pris le nom de Yoff en 1558. Ces écarts sont fréquents pour des histoires d’abord transmises oralement, de génération en génération.

À l’origine, Yoff était perché sur la colline de Guenta, sous la forme d’un village groupé, aux habitations serrées les unes contre les autres. Selon les sources locales, une épidémie de peste en 1917 entraîna l’abandon de ce site, et le village fut réorganisé, sous l’autorité coloniale, à son emplacement actuel au bord de la mer.

Pirogues de pêcheurs revenant sur la plage de Yoff
Le retour des pêcheurs à Yoff : la pêche, activité fondatrice du village. Photo : Ji-Elle, domaine public, via Wikimedia Commons.

Une organisation qui a traversé les siècles

Dès ses origines, Yoff s’est doté d’institutions coutumières propres, qui existent encore aujourd’hui. Le pouvoir y est partagé entre plusieurs dignitaires : le diaraf, chef coutumier chargé notamment des questions de terre ; le ndey dji rew, sorte de « ministre de l’intérieur » ; et le saltigué, gardien des rites et de la protection spirituelle.

Les décisions sont débattues au sein d’assemblées, comme celles des freys et des diambours. Fondée sur le consensus, cette organisation est propre à l’ensemble des Lébous de la presqu’île, souvent désignés comme la « République lébou ».

1883 : l’Appel de Seydina Limamou Laye

Un tournant majeur de l’histoire de Yoff est lié à l’un de ses enfants. Né en 1843 à Yoff-Tonghor sous le nom de Limamou Thiaw, Seydina Limamou Laye lance en 1883, dans les ruelles du village, un appel à revenir à l’unicité de Dieu. Cet « Appel » donne naissance à la confrérie layène, un courant soufi de l’islam sénégalais.

Seydina Limamou Laye meurt en 1909. Son mausolée, à Yoff, est aujourd’hui un lieu de pèlerinage, et l’anniversaire de l’Appel rassemble chaque année des milliers de fidèles venus de tout le pays.

Mosquée layène de Yoff
La mosquée layène de Yoff. Photo : Ji-Elle, domaine public, via Wikimedia Commons.

Du village à la commune

Au XXe siècle, Yoff est peu à peu rattrapé par la croissance de Dakar : l’aéroport s’installe à ses portes, de nouveaux quartiers apparaissent. En 1996, Yoff devient une commune d’arrondissement de la ville de Dakar. Malgré l’urbanisation, le village a conservé ses institutions, sa langue et ses traditions — un héritage que la diaspora de l’ADYF tient à faire vivre.

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